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Analyse de la passion (1er texte)
o Dans l'histoire de la philosophie, la passion a d'abord été condamnée. Elle interdit à l'homme de connaître la sagesse, et celle-ci ne peut être atteinte, selon les stoïciens, que si l'on s'exerce à l'apathie, soit à vivre dans une indifférence complète aux passions et aux désordres qu'elles provoquent.
o Parce que la passion semble susciter des désirs et faire le jeu des seules apparences physiques, elle ne provoque, selon Platon, qu'erreurs, mensonges ou illusions. Accusation reprise par la tradition chrétienne - qui se méfie même des relations passionnelles qu'entretiennent les mystiques avec le Christ.
o Plus l'homme est repéré par son versant rationnel, plus la passion apparaît dangereuse. Il convient alors d'en calculer un bon usage. C'est ce qu'entreprend Descartes dans Les Passions de l'âme . S'appuyant sur un dualisme strict, qui distingue les passions provenant du corps et de ses "esprits animaux" de celles qui appartiennent à l'âme, Descartes, tout en affirmant que les passions sont utiles au corps et déterminent l'appréciation du bon ou du nuisible, conseille de maîtriser les effets des passions les plus violentes par l'exercice de la vertu. Si ce contrôle spirituel n'est pas toujours possible, il faut au moins éviter les erreurs où nous entraînent les passions, ne serait-ce qu'en différant les décisions trop hâtives qu'elles nous invitent à prendre. Le calcul rationnel doit de la sorte retrouver sa place dans la direction de la conduite.
o Ce que Kant reproche ensuite à la passion (où il voit une véritable "maladie"), ce n'est pas seulement de nous tromper, c'est de pervertir la raison, dans la mesure où le passionné ne juge des choses qu'en fonction de sa propre passion. Ainsi, la totalité de ses jugements se trouve corrompue. Ce que la psychologie repère comme "monoïdéisme" dans la passion, soit la façon dont elle détermine une obsession qui efface toute autre considération, désignerait de ce point de vue un état véritablement pathologique.
Trop souvent, l'histoire des faiblesses des femmes est aussi l'histoire des lâchetés des hommes.
(Victor Hugo)